Depuis quelques décennies maintenant, il est devenu de bon ton
d'afficher le Visage de celui qui fut jusqu'alors l'Animal le plus
redouté depuis notre Antiquité méditerranéenne.

Juste retour des choses de la part de Sociétés humaines qui ont
désormais envahi les villes, ou simple effet de mode ?

MON ANALYSE EST LA SUIVANTE, moi qui me retrouve confronté
quotidiennement au «problème du Loup», du fait de ce choix de vie, que
j'ai opéré voici près de quarante années, et qui m'a conduit à devenir
berger :

depuis les cinq derniers siècles, nos Sociétés bien-pensantes, qui
sont allées évangéliser la Terre entière (pour mieux nous enrichir en
or), sont en quelque sorte devenues les "victimes" de ces Peuples
Sauvages que nous avons cru bon devoir industrialiser.
Pour en retirer des profits plus immenses encore...

Or, nous en sommes devenus les "victimes" en ce sens que la Pensée -
réputée primitive - des Peuples que nous avons envahis.... S'est
progressivement incrustée dans nos propres littératures, pour, au lent
fil des siècles, nous "coloniser" peu ou prou en retour.

C'est ainsi que depuis cent ans au moins, certaines et certains
d'entre nous les "Occidentaux", nous nous sommes plus ou moins
"convertis" à la Philosophie, voire la Religion de ces mêmes Tribus
que nos pères avaient été censés éduquer à l'européenne.

Lorsque je dis que cela fait environ "cent ans", je pense en effet à
l'admirable marquis Folco de Baroncelli, natif d'Aix et fondateur de
la Nacioun Gardiano.

Dès le début du feu XX° siècle, ce Camarguais d'adoption accueillit en
frères les Indiens - dont Nuage Rouge - que Buffalo Bill avait enrôlés
dans son cirque.

Peu à peu et quoi que nous les considérions encore comme des
"sauvages", la Pensée amérindienne s'est infiltrée dans nos
bibliothèques, pour, désormais, occuper une place de choix dans nos
grandes librairies.

Et il est un fait certain : le Loup occupe une telle place de choix
chez les Indiens chasseurs... Que nos contemporains, par mimétisme
pur, se sentent désormais le Devoir de réhabiliter ce fauve dans notre
conscience collective.

Cette intention est louable et ce ne sera pas moi, Flèche Brûlée, qui
ai délibérément fait le choix dès avant l'âge de quarante ans, de
changer de nom, qui vais m'employer à critiquer cette vénération des
Indiens d'Amérique pour le, voire les Prédateurs.

Telle vénération était, en effet, liée à leur mode de subsistance : LA
CHASSE. Or ce fut grâce aux Loups que les Indiens apprirent notamment
à tuer un Bison, de la même manière que ce fut grâce à l'Ours (blanc)
que les pêcheurs des Aléoutiennes comprirent comment ils devaient s'y
prendre pour capturer un Morse.

Et de nos jours encore, ces Aléoutes posent sur la banquise un morceau
de chair du Morse qu'ils viennent de tuer... Pour remercier l'Ours.
Ours sans lequel eux n'auraient jamais donc pu survivre dans cet
univers si hostile.

Ce parallèle nous permet ici de mieux comprendre comment il se fait
que nos amis Indiens d'Amérique vouent encore et toujours un tel culte
au Loup.... Alors que

Cela fait bien-sûr partie de leur Tradition.
Tradition que je respecte au point de vivre, moi, sous un tipi depuis
près de vingt ans. Ce qui n'est pas aisé, lorsqu'on est né dans une
maison où l'on a grandi en apprenant que ce qui est "sale" nous vient
de la Terre.
Tout comme ce qui est "mauvais" : je pense ici aux herbes sauvages,
encore appelées "simples".

Ainsi vivre sous un tipi, c'est notamment apprendre à aimer les
mouches, la poussière, la fumée...

Ce que je constate, c'est que beaucoup de gens qui disent "aimer les
Loups" et qui n'hésitent pas à prendre publiquement leur défense....
Vivent dans des appartements, voire de coquettes villas.

Et ils ou elles se garderaient bien de poser des lacets pour piéger
des lapins.... Tout comme je ne les vois pas franchement ouvrir de
leur coutelas le ventre encore chaud du Bison abattu... Pour en
extraire les tripes aux fins de les avaler crues.

Ceci, je l'ai lu in "De Mémoire Indienne" de Tahca Ushte, lorsque ce
vieil Indien raconte à Richard Erdoes les histoires des ultimes
chasses au Bison accordées à ses ancêtres en 1856 par les horribles
"Blancs".

Donc j'appelle ici celles et ceux de mes congénères à quelque retenue,
congénères qui sont aujourd'hui les premiers à hurler.... Lorsqu'on
leur annonce que tel préfet a signé une autorisation pour tirer un
Loup...

Car vivons-nous actuellement encore dans un monde de prédation ? Je
pense pouvoir attendre longtemps de voir tel ou tel écolo s'enfoncer
sans bruit dans un bois, son arc à la main, pour aller remplir sa
besace et nourrir sa famille.

Or, de mon côté, je m'efforce d'élever un Troupeau en pleine Nature,
loin des cultures et de leurs pesticides, sans employer
d'antibiotiques ou de vermifuges... Et les contraintes qui me sont
imposées par nos Sociétés actuelles sont déjà exorbitantes. En 23 ans
de pratique, je n'ai pas pris 3 jours de repos/an et mes dernières
vacances remontent à il y a 15 ans.

Par la faute du Loup, qui s'ajoute à toutes les contraintes sociales
modernes auxquelles je ne puis échapper dans un pays civilisé.... JE
VIS SUR LE QUI-VIVE 24H/24.

La nuit, au moindre aboiement de mes chiens, je sursaute.... Mais du
combat que je mène pour un Élevage respectueux des rythmes naturels,
l'Écologiste type n'a, lui, que faire.

En effet, plus encore que son alimentation, ce sont ses loisirs qui
importent à ses yeux.

L'Écologiste de base pense pouvoir produire des légumes bio sur son
balcon et veut pouvoir jouir des montagnes à sa guise. Ski, VTT,
parapente.... Mais surtout pas de berger qui l'engueule au milieu de
cette belle Nature et dont les vilains chiens risquent de lui lacérer
les mollets.

Mieux : en Provence, l'Écolo-citadin préfère voir partir quelques
dizaines d'hectares l'été en fumée, plutôt que laisser le digne
héritier de Giono que je suis élever ses Chèvres à dix km d'Aix.

J'invite celles et ceux qui en douteraient à venir vivre à mes côtés -
sous un tipi - l'affrontement avec les gendarmes, pour ne citer
qu'eux.

Pour en terminer avec le Loup, le Citadin devenu écologiste, qui ne
jure plus que par les Amérindiens... Mais qui ne consomme plus de
viande - effet de mode lié au bouddhisme oblige - défend désormais bec
et ongles ce redoutable prédateur en face de bergers qui n'ont, eux,
plus lieu d'être.

Pourquoi dis-je cela ???

Parce que chaque fois que notre grand et beau pays vend son industrie
de pointe, voire ses armements, à ces "Pays émergents" qui ne
demandent qu'à nous copier... Cela se produit au détriment du vin, des
céréales ou encore des agneaux que nos gouvernants laissent entrer en
contrepartie à vil prix.... Dans notre bergerie.

Car, sans quoi, comment expliqueriez-vous que les bergers français ne
tirent leurs revenus que des "aides" européennes, alors qu'ils ne
produisent pas la MOITIÉ des agneaux consommés sur le sol français ?

Depuis la signature des Traités de Rome du 25 mats 1957, nos pays ont
privilégié les productions industrielles sur les activités artisanales
ou familiales.

Priorité fut donnée à l'emploi et, par là-même, à l'asservissement des
individus.

Le chômage est voulu, pour tuer dans l'oeuf les vélléités de révoltes
: rendre les Peuples dépendants des grands groupes financiers.... Pour
lesquels les Écologistes, eux, n'hésitent nullement à trimer....

ALORS SI CETTE NUIT MES CHIENS DOIVENT TUER UN LOUP.... Apprenez que
moi, Flèche Brûlée, je suis un Berger libre. Et je le resterai.

J'ajoute que, pour ma part, je laisse mon frère le Loup parfaitement
libre d'aller tuer un Chevreuil ou un Sanglier.